Le niveau de vie du prophète

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Le niveau de vie du prophète


Mohammed ibn Sirîne rapporte : nous étions chez Abou Hourayra – qu’Allah l’agrée – et il portait deux vêtements en lin colorés de terre rouge. Il se mit à se moucher dans l’un de ses vêtements.
Ibn Sirîne s’écria alors : « Ho ! Abou Hourayra qui se mouche dans du lin ! »(1)
Abou Houreyra dit : « Je me revois encore tomber entre la chaire du messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – et l’appartement de °Aïcha – qu’Allah l’agrée – en perdant connaissance. Quelqu’un venait alors poser son pied sur mon cou, croyant que j’étais possédé, mais c’était juste la faim ! »(2)

Malik ibn Dinar rapporte que le messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – n’a jamais mangé de pain, ni de viande jusqu’à satiété, sauf quand il mangeait avec ses invités.

Simâk ibn Harb rapporte qu’il a entendu An-Nou°mân ibn Bachîr dire : « N’êtes-vous pas à l’aise au point de manger et boire ce que vous voulez ? J’ai vu votre prophète – prière et salut d’Allah sur lui – ne rien trouver, même pas des dates de mauvaise qualité, pour remplir son ventre ! »(3)

°Aïcha – qu’Allah l’agrée – a dit : « Nous, la famille de Mohammed – prière et salut d’Allah sur lui – nous restions tout un mois sans allumer de feu. Nous ne nous nourrissions que de dates et d’eau. »(4)

Abou Talha – qu’Allah l’agrée – rapporte : « Nous nous sommes plaint de la faim auprès du messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – et chacun de nous a levé son vêtement pour dévoiler une pierre serrée contre son ventre.(5) Puis, nous avons levé le vêtement du messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – et il avait deux pierres serrées contre son ventre ! »(6)

Abou Horayra – qu’Allah l’agrée – rapporte que le messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – sortit à une heure inhabituelle pendant laquelle personne n’irait à sa rencontre. Abou Bakr le rejoignit et il lui demanda :
« – Qu’est-ce qui t’amène, Abou Bakr ? »
« – Je suis sorti à la rencontre du messager d’Allah, admirer son visage et le saluer ! »
Peu après, Omar arriva et il lui demanda :
« – Qu’est-ce qui t’amène Omar ? »
« – La faim ! Ô messager d’Allah ! »
« – Moi aussi, je la ressens quelque peu… »
Ils se rendirent au domicile de Abou al Haytham al Ansari, qui était propriétaire de nombreux dattiers et moutons. Comme il n’avait pas d’ouvrier, ils le trouvèrent absent. Ils demandèrent à sa femme :
« – Où est ton compagnon ? »
« – Il est allé nous chercher de l’eau à boire. »
Ils n’attendirent pas longtemps avant de le voir arriver en vacillant sous le poids d’une grosse jarre. Il la déposa et vint prendre le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – dans ses bras,(7) en affirmant qu’il sacrifierait père et mère pour lui. Puis, il se rendit à son jardin et leur posa un tapis. Il alla à ses dattiers, revint avec une branche de dattes et la déposa. Le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – lui demanda :
« – N’aurais-tu pu en prélever les dattes mûres ? »
« – Ô messager d’Allah, j’ai voulu que vous choisissiez vous-mêmes les mûres (routab) ou les vertes (bousr). »
Ils mangèrent donc et burent de l’eau qu’il avait apportée, puis il dit :
« Par Celui qui a mon âme dans Sa main, ceci fait partie des délices sur lesquels vous serez interrogés le jour de la résurrection : une ombre rafraîchissante, de bonnes dattes bien mûres et une eau fraîche ! »(8)

Anas – qu’Allah l’agrée – rapporte que le messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – a dit :
« J’ai connu la peur pour la cause d’Allah, à une époque où personne d’autre ne la connaissait. J’ai subi les nuisances pour la cause d’Allah, à une époque où personne d’autre ne les subissait. J’ai passé trente jours et trente nuits sans que, ni moi, ni Bilal, nous ne trouvions de nourriture comestible pour un être vivant, si ce n’est ce que Bilal pouvait dissimuler sous son aisselle. »(9)

Anas – qu’Allah l’agrée – rapporte que le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – n’a jamais mangé du pain et de la viande deux fois dans la même journée, au déjeuner et au dîner, sauf quand il mangeait avec des invités.

 

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Notes et commentaires :

(1) Il a été surpris, car le lin était considéré à l’époque comme un luxe. Mais Abou Hourayra ne prêtait aucune attention aux biens de la vie d’ici-bas, lui qui avait connu l’extrême pauvreté et la faim. Retour au texte

(2) Abou Haourayra faisait partie des compagnons qui avaient l’habitude de dormir dans le fond de la mosquée à cause de leur extrême pauvreté (ahl as-souffa). L’auteur a cité ici ce hadith pour montrer que le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – vivait simplement, car sinon, il n’aurait pas laisser ses compagnons dans le besoin. Retour au texte

(3) Dans une version rapporté par Mouslim : « Il restait toute la journée à se tordre le ventre et ne trouvait même pas de dates de mauvaise qualité pour le remplir. » Retour au texte

(4) Dans une version rapporté par Mouslim, elle ajouta : « si ce n’est que le messager d’Allah – prière et salut d’Allah sur lui – avait des voisins médinois propriétaires de chamelles et qu’ils lui faisaient porter du lait. C’est alors qu’il nous en abreuvait. Retour au texte

(5) Chacun de ces compagnons avait serré une pierre contre son ventre pour résister à la faim qui le rongeait. Retour au texte

(6) Il a plusieurs hadiths qui vont dans ce sens. Jabir – qu’Allah l’agrée – rapporte que pendant la Bataille du Fossé (al khandaq),il a vu le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – serrer une pierre entre son ventre et son pagne pourlutter contre la faim. De même, Abou Horayra – qu’Allah l’agrée – rapporte que le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – agissait ainsi pour résister à la faim. Retour au texte

(7) Ce qui démontre qu’il n’y a pas de mal à prendre quelqu’un dans ses bras, en particulier lorsqu’il revient de voyage ou lorsqu’il nous a manqué. Retour au texte

(8) En référence au verset : {Puis, assurément, vous serez interrogés, ce jour-là, sur les délices.} (sourate « la course aux richesses », verset 8.) Retour au texte

(9) Il semble que le prophète – prière et salut d’Allah sur lui – fasse ici référence à la période d’embargo pendant laquelle toute relation sociale et toute transaction étaient interdites avec les Béni Hachim. Retour au texte