Chronologie de la compilation du Coran 1/4

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I. Du vivant du Prophète (prière et salut d’Allah sur lui)

Le Saint Coran est la parole d’Allah le Très-Haut qu’il a fait descendre vers le ciel d’ici-bas, de manière complète, durant la nuit du destin (laylatu-l-qadr) [1], puis sur son noble prophète (prière et salut d’Allah sur lui), de manière fractionnée, selon les événements, sur une période de 23 ans.

  • Compilation orale

 Le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) recevait la révélation du Coran par l’intermédiaire de l’ange Gabriel (Djibrîl), qui lui faisait répéter les versets, afin qu’il les apprenne par cœur : aussi bien leur contenu que la manière de les réciter.

Allah dit : {Ne remue pas ta langue pour hâter sa récitation. Sa compilation et sa fixation dans ta mémoire Nous incombent, ainsi que la façon de le réciter. Quand donc Nous le récitons, suis sa récitation. À Nous, ensuite incombera son explication.} (sourate « La Résurrection » v. 16/19)

À chaque nouvelle révélation, le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) apprenait les versets et les transmettait aux compagnons, en indiquant précisément dans quelle sourate venaient s’ajouter ses nouveaux versets ou entre quels versets précédents ils venaient s’intercaler.

Certains versets ont été abrogés dans la lecture, et bien qu’ayant été révélés, appris et transmis aux compagnons, ils ne font plus partie intégrante du Coran. D’autres versets ont été abrogés dans leur statut juridique, mais son toujours récités jusqu’à présent.

Quelques exemples d’abrogation :

  • Aïcha (qu’Allah l’agrée) rapporte : « Il y avait parmi les versets descendu du Coran {Dix tétées d’allaitement déterminées rendent illicite.} Puis, elles ont été abrogées par cinq tétées d’allaitement déterminées. » (rapporté par Mouslim). C’est-à-dire que le verset a été abrogé aussi bien dans la lecture que dans son application, le dernier statut confirmé dans la sunna étant de 5 tétées et non plus de 10.

L’imam Al-Nawawi explique :

« L’abrogation des 5 tétées est venue très tard, jusqu’à peu de temps avant la mort du prophète (prière et salut d’Allah sur lui), et une poignée de compagnons récitaient encore le verset, pensant qu’il faisait toujours partie du Coran, parce qu’ils n’avaient pas été informés de son abrogation. Puis, le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) les a informés que le verset ne devait plus être récité et qu’il avait été abrogé. » (Commentaire du hadith 2634 dans « sahih mouslim ».)

  • Avant que ne soient révélés les versets fixant la part d’héritage pour l’épouse, lorsqu’un homme décédait en laissant derrière lui son épouse, celle-ci devait respecter une période de viduité (°idda) d’une année à son domicile. Elle pouvait prélever de l’héritage durant cette période pour ses dépenses quotidiennes. Allah dit :{Ceux d’entre vous que la mort frappe et qui laissent des épouses doivent laisser un testament en faveur de leurs épouses pourvoyant à un an d’entretien sans les expulser de chez elles.} (sourate « La Vache » v. 240)

Puis, ce jugement a été abrogé, bien que ce verset fasse toujours partie intégrante du Coran et qu’il soit toujours récité. L’abrogation s’est faite par un autre verset qui a fixé pour les épouses une part d’héritage de 1/4 ou d’un 1/8e, selon si l’époux a laissé des enfants ou non. La période de viduité a également été abrogée à 4 mois et 10 jours. Allah dit : {Ceux des vôtres que la mort frappe et qui laissent des épouses : celles-ci doivent observer une période d’attente de quatre mois et dix jours.} (sourate « La Vache » v. 240) et aussi : {Et à elles (vos épouses) un quart de ce que vous laissez, si vous n’avez pas d’enfant. Mais si vous avez un enfant, à elles alors le huitième de ce que vous laissez, après exécution du testament que vous auriez fait ou paiement d’une dette.}  (sourate « Les Femmes » v.12)

 Ainsi, chaque année, Gabriel (Djibrîl) venait faire réviser le Coran au prophète (prière et salut d’Allah sur lui) pendant le mois de ramadan, en tenant compte des éventuelles modifications intervenues durant l’année écoulée.

De nombreux compagnons également apprenaient le Coran par cœur et l’enseignaient à leurs enfants. Les plus réputés sont au nombre de sept, il s’agit de : Abdallah ibn Mas°oud, Sâlim ibn Ma°qal, Mou°âdh ibn Jabal, Oubay ibn Ka°b, Zayd ibn Thâbit, Abou Zayd ibn al Sakan et Abou al Dardâ’. Comme le rapporte Al Boukhari dans les trois hadiths suivants :

  • Abdallah ibn °Amr rapporte : j’ai entendu le messager d’Allah (prière et salut d’Allah sur lui) dire : « Prenez le Coran de quatre personnes : Abdallah ibn Mas°oud, Sâlim, Mou°âdh et Oubay ibn Ka°b. » Les 2 premiers sont des émigrés de La Mecque (mouhâjiroûn) et les 2 autres des auxiliaires de Médine (ansâr).
  • Qatâda rapporte : j’ai demandé à Anas ibn Mâlik « Qui a appris tout le Coran du vivant du prophète ? » Il répondit : « Ils sont quatre, tous des auxiliaires de Médine : Oubay ibn Ka°b, Mou°âdh ibn Jabal, Zayd ibn Thâbit et Abou Zayd. » « – Qui est Abou Zayd ? » « – L’un de mes oncles paternels. »
  • Il est rapporté également de Anas : « Quand le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) est mort, seules quatre personnes avaient appris tout le Coran : Abou al Dardâ’, Mou°âdh ibn Jabal, Zayd ibn Thâbit et Abou Zayd. »

Néanmoins, cela ne signifie nullement qu’ils étaient les seuls parmi les compagnons à avoir appris tout le Coran par cœur, mais plutôt qu’ils étaient les plus réputés et les plus assidus à l’apprendre directement de la bouche du prophète (prière et salut d’Allah sur lui).

En effet, de nombreux hadiths viennent confirmé que beaucoup d’autres compagnons avaient appris tout le Coran : Abou Bakr, Omar, Othmène, Ali, Talha, Saad, Houdayfa, Abou Hourayra, Abdallah ibn al Sâïb, Abdallah ibn Omar, Abdallah ibn °Amr, Abdallah ibn °Abbâs, Abdallah ibn al Zoubayr, °Aïcha, Hafsa, Oumm Salama, °Oubada ibn al Sâmit…

Certains d’entre eux l’ayant appris totalement du vivant du prophète (prière et salut d’Allah sur lui) et d’autres l’ayant complété après sa mort en l’apprenant des autres compagnons.

 

  • Compilation écrite

 Comme nous l’avons vu, le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) apprenait les versets et les transmettait aux compagnons à chaque nouvelle révélation. Certains lettrés parmi eux avaient été choisis pour jouer le rôle de scribes, pour les plus connus d’entre eux : Ali, Mou°âwiya, Oubay ibn Ka°b et Zayd ibn Thâbit. Ils écrivaient chaque révélation selon les indications précises du prophète (prière et salut d’Allah sur lui), bien que ce dernier soit illettré. Une compilation écrite a donc bien eu lieu en parallèle de la compilation orale et de l’apprentissage par cœur. Mais cette compilation n’était pas complète, en ce sens que le Coran n’avait pas été rassemblé dans un seul codex[2] écrit sous la direction du prophète (prière et salut d’Allah sur lui). Les scribes écrivaient donc les sourates ou les groupes de versets sur différents supports épars : peaux en cuir, pierres, omoplates d’animaux, feuilles de palme, bouts de bois… le papier était rare et très cher.

Toutefois, selon certaines sources, quelques compagnons avaient pris l’initiative d’écrire l’ensemble du Coran dans ce que l’on a appelé « moushaf ». Il s’agit de : Ali, Mou°âdh, Oubay, Ibn Mas°ôud et surtout Zayd, qui fut le dernier à réciter l’ensemble du Coran en présence du prophète (prière et salut d’Allah sur lui) pour se faire corriger ce qu’il avait appris et ce qu’il avait écrit.

À la mort du prophète (prière et salut d’Allah sur lui), le Coran a donc bien été appris par cœur par plusieurs compagnons et écrit en totalité, mais sur des supports épars et non pas dans un codex.

Al Khattabi explique : « Le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) n’a pas compilé le Coran à l’écrit, car il était dans l’attente permanente d’éventuelles abrogations de versets ou de statuts juridiques. Puis, lorsque sa révélation s’est achevée avec sa mort, Allah a inspiré les califes orthodoxes dans la bonne voie, afin qu’ils accomplissent cette mission, en conformité avec la promesse divine que ce Coran soit préservé pour cette communauté. La première initiative revenant à Abou Bakr, sous les conseils de Omar. »

 

  • Révélation du Coran selon 7 « harf »

 De très nombreux hadiths nous rapportent que le Coran a été révélé selon 7 « harf ». Ce dernier terme étant polysémique, il a donné lieu à différentes interprétations et des avis divergents. Voici quelques-uns de ces hadiths :

  • Ibn Abbas rapporte que le prophète (prière et salut d’Allah sur lui) a dit : « Djibril m’a fait récité le Coran suivant un harf, puis je lui est redemandé, et je n’ai cessé de lui en demander plus et lui de m’en ajouter, jusqu’à ce qu’il s’arrête à sept harf. » (Al Boukhari et Mouslim).
  • Oubay ibn Ka°b rapporte que Djibril vint au prophète (prière et salut d’Allah sur lui) et lui dit : « Ton Seigneur t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon un harf. » Il dit : « Je demande à Allah son indulgence et son pardon ! Ma communauté ne supportera pas cela ! » Puis, il revint une deuxième fois et lui dit : « Ton Seigneur t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon deux harf. » « – Je demande à Allah son indulgence et son pardon ! Ma communauté ne supportera pas cela ! » Puis, il revint une troisième fois, puis une quatrième fois, et lui dit : « Ton Seigneur t’ordonne de faire réciter le Coran à ta communauté selon sept harf.  Quel que soit celui qu’ils récitent, ils réciteront correctement. » (Mouslim).
  • Omar ibn al Khattab rapporte : j’ai entendu Hichâm ibn Hakîm réciter la sourate du discernement (al fourqâne) du vivant du prophète (prière et salut d’Allah sur lui). J’écoutais attentivement sa récitation et c’est alors que je l’ai entendu réciter selon plusieurs harf que le prophète ne m’avait pas fait réciter. J’ai failli le bousculer en plein milieu de sa prière ! Puis, j’ai attendu jusqu’à ce qu’il salue et je l’ai empoigné par son vêtement.

« – Qui t’as appris à réciter cette sourate ?! »

« – C’est le messager d’Allah. »

« – Tu mens ! Je jure par Allah que le messager d’Allah m’a appris à réciter cette sourate que tu viens de réciter ! »

Je l’ai alors emmené chez le messager d’Allah.

« – Ô messager d’Allah ! J’ai entendu cette personne réciter la sourate du discernement selon des harf que tu ne m’as pas fait réciter. »

Le prophète dit : « Lâche-le, Omar ! Récite donc Hichâm… »

Et Hichâm récita de la même façon que ce que j’avais entendu.

« C’est ainsi qu’il est descendu. », approuva le prophète.

« Récite, Omar ! », me demanda-t-il.

Et je récitai tel qu’il me l’avait appris.

« C’est ainsi qu’il est descendu. », approuva également le prophète.

Puis, il conclut : « Ce Coran est descendu selon sept harf, récitez donc selon ceux qui vous sont les plus faciles. » (Al Boukhari, Mouslim, Abou Daoud, Al Nassâï et Ahmed).

 

Les savants ne divergent pas sur l’authenticité de ses hadiths, mais la question est de comprendre ce que signifie ce terme « harf », ce qui a donné plus d’une trentaine d’interprétations possibles ! Nous ne citerons que les plus connus, puis nous verrons quels sont les avis qui semblent les plus probants.

 

  • Il s’agit de sept dialectes arabes qui sont autant de versions différentes du Coran.

C’est-à-dire que le Coran a été révélé en 7 dialectes arabes de telle sorte que chaque tribu puisse le réciter et l’apprendre facilement, bien que chacune des versions ait la même signification. Les différences sont juste dans l’emploi de certains synonymes. Par exemple pour dire « Viens! », selon les tribus, on dit : « ta°âla», « haloumma», « aqbil», …

En effet, les Arabes avaient divers dialectes, mais ceux-ci n’empêchaient pas l’intercompréhension. Le dialecte le plus soutenu et le plus riche était celui des Quraychites. Grâce à leur prestige d’être les gardiens des lieux saints et la position géographique privilégiée de la Mecque – capitale religieuse et économique – toutes les tribus comprenaient parfaitement le dialecte Quraychite. Ce dialecte s’enrichissait régulièrement au contact des autres tribus qui venaient à la Mecque pour les foires commerciales ou pour le pèlerinage.

Les partisans de cet avis – la majorité – sont unanimes sur le fait que le dialecte des Quraychites fait partie des 7 harf, puisque c’est la langue du prophète (paix et salut sur lui) et le dialecte de référence. Mais ils divergent sur la nature des 6 autres dialectes.

 

  • Il s’agit de sept dialectes arabes qui composent une seule version du Coran.

Pour les défenseurs de cet avis, il n’y a pas 7 versions du Coran selon 7 dialectes, mais une seule version qui inclut les 7 dialectes. C’est-à-dire que dans le Coran, la majorité des versets sont dans le dialecte des Quraychites, qui est la langue du prophète, mais certains mots ou certaines expressions ont été empruntés aux 6 autres dialectes, pour en faciliter l’apprentissage à toutes les tribus.

 

  • Il s’agit de sept thèmes abordés dans les versets du Coran.

C’est-à-dire que dans le Coran, il y a 7 types de versets : versets sur le licite, versets sur l’illicite, versets d’injonction, versets d’interdiction, …

Cet avis repose sur un hadith d’après Ibn Mas°oud, le prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Les livres précédents descendaient selon un seul thème (bâb) et un seul harf et ce Coran est descendu selon 7 thèmes et 7 harf : interdiction, injonction, licite, illicite, sans équivoque, avec équivoque et des paraboles. » (rapporté par Al Hâkim et Al Bayhaqi et authentifié par Al Albani).

 

  • Il s’agit de sept façons différentes de réciter en modifiant les intonations, les lettres graves ou aiguës, les lettres prononcées distinctement ou assimilées…

Selon cet avis, les sept harf ne diffèrent pas par la forme de dialecte utilisé, mais uniquement par des « accents ».

 

  • Il s’agit d’une métaphore pour indiquer la perfection et non pas réellement du nombre sept.

Dans la langue arabe, les nombres sept, soixante-dix et sept cents sont souvent utilisés pour désigner un grand nombre. Comme dans le verset :

{Que tu demandes pardon pour eux, ou que tu ne le demandes pas – et si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois – Allah ne leur pardonnera point.} (Le Repentir, v.80)

 

  • Il s’agirait des sept lectures telles qu’on les connaît actuellement.

Cet avis n’a été émis par aucun savant, mais c’est plutôt une croyance populaire dont l’origine est la similitude entre le nombre des lectures canoniques et le nombre de harf cité dans le hadith. Il s’agit d’une grossière erreur et d’un anachronisme évident, puisque l’institution des 7 lectures canoniques date du 3e siècle de l’hégire. (cf. partie IV)

 

Analyse critique de ces différents avis :

– Le dernier avis n’en est pas un, c’est juste une croyance erronée.

– Le 5e avis ne résiste pas à l’analyse, car les hadiths indiquent clairement que Djibril a enseigné au prophète (paix et salut sur lui) 1 harf, puis 2, puis 3, etc. jusqu’à s’arrêter à 7 harf.  Donc ce n’est pas une métaphore, mais bien le nombre 7.

– Le 4e avis est peu crédible, car Omar ne se serait pas mis en colère et n’aurait pas accusé Hichâm d’avoir « inventé » une récitation s’il s’agissait juste de petites différences dans les intonations. Il lui aurait plutôt indiqué la prononciation correcte, afin qu’il se corrige. La réaction de Omar prouve que Hichâm a vraiment récité « autre chose » c’est-à-dire en changeant des mots dans les versets.

– Concernant le 3e avis, il semble que le hadith d’Ibn Mas°oud ne traite pas du même sujet. Il démontre le caractère universel du Coran qui aborde différents thèmes et qui n’est pas seulement un recueil de lois ou de règles de jurisprudence.

– Il reste les 2 premiers avis qui semblent les plus probants, en particulier le 1er comme cela sera confirmé plus loin dans la partie consacrée à la compilation du Coran sous le califat de Othmène. C’est cet avis qui est soutenu par la majorité des savants.

 

  • Ordre et noms des sourates, ordre des versets.

 

L’ordre et l’emplacement des versets à l’intérieur de chaque sourate ont été fixés par le prophète (paix et salut sur lui) suivant les directives de Djibril qui, à chaque nouvelle révélation, lui indiquait s’il s’agissait d’une nouvelle sourate ou l’emplacement où devaient s’insérer les nouveaux versets.

Al Souyouti affirme : « Le consensus et l’ensemble des textes démontrent que l’ordre des versets a été fixé par la révélation, sans le moindre doute. »

Ceci est confirmé par le consensus des compagnons, lorsqu’ils ont compilé le Coran à l’initiative de Othmène. Ibn Zoubayr a demandé à Othmène : « Ce verset {Ceux d’entre vous que la mort frappe et qui laissent les épouses, doivent laisser un testament en faveur de leurs épouses} a été abrogé par l’autre verset. Pourquoi l’écris-tu ou le laisses-tu ? » Othmène lui répondit : « Mon neveu ! Je ne modifierai rien de son emplacement. » (rapporté par Al Boukhari).

De même, tous les hadiths qui citent les mérites de réciter certains versets, comme les 10 derniers versets de la sourate « La Caverne » (al kahf). Si les versets n’avaient pas un emplacement et un ordre connus, ces hadiths n’auraient aucun sens.

En ce qui concerne l’ordre des sourates elles-mêmes, il n’y a pas consensus sur la question, car il est rapporté que certains des compagnons qui avaient compilé le Coran à l’écrit n’avaient pas le même ordre pour les sourates. Par exemple, °Ali avait classé les sourates suivant l’ordre chronologique, et dans le moushaf d’Ibn Mas°oud la sourate « Les Femmes » (an-nissâ’) était avant la sourate « La Famille d’Imrâne » (âl °imrân). Néanmoins, la majorité des savants considère que l’ordre des sourates a également été fixé par la révélation et que les divergences entre ces compagnons reviennent à des initiatives personnelles dans la compilation écrite, sans qu’ils ne divergent sur l’ordre dans la récitation orale. En effet, Hudayfa Al Thaqafi rapporte : « Nous avons demandé aux compagnons du messager d’Allah (paix et salut sur lui) : comment partitionnez-vous (hizb) le Coran ? » Ils répondirent : « On le partitionne ainsi : 1re partie (hizb) = 3 sourates, 2e partie = 5 sourates, 3e partie = 7 sourates, 4e partie = 9 sourates, 5e partie = 11 sourates, 6e partie = 13 sourates, puis la dernière partie détaillée (al moufassal) de la sourate « qâf » jusqu’à la fin. » (rapporté par Abou Daoud et Ahmed).

Ibn Hajr dit : « Ceci prouve que l’ordre des sourates telle que nous le connaissons actuellement était déjà fixé à l’époque du prophète (paix et salut sur lui). »

En ce qui concerne les noms des sourates, nul doute que le prophète (paix et salut sur lui) a lui-même donné des noms à certaines sourates comme (al fâtiha), (al baqara), (âl °imrân) ou (al kahf). Et nous avons vu également dans le hadith sur les 7 harf, que Omar a nommé la sourate du discernement (al fourqâne). Mais il y a divergence sur le fait que ce soit le cas pour toutes les sourates du Coran. La majorité des savants sont de cet avis, bien qu’il n’y ait pas de source qui le prouve. Bien au contraire, il est avéré que les compagnons donnaient parfois plusieurs noms à une même sourate. Ainsi, °Aïcha rapporte : « Le prophète (paix et salut sur lui) ne dormait pas avant d’avoir réciter la sourate « Les Fils d’Israël » (banoû isrâïl) et la sourate « Les Groupes » (az-zoumar). » (rapporté par Al Tirmidhi). Et la sourate « Les Fils d’Israël » est l’autre nom de la sourate « Le Voyage nocturne » (al isrâ’).

[1] Autre sens possible : « la nuit de la valeur », car cette nuit a la valeur de 1 000 mois. C’est également durant cette nuit, qu’Allah prédestine tout ce qui se déroulera durant l’année en cours.

[2] Cahier formé de pages manuscrites reliées. Inventé à Rome au IIe siècle avant J.-C., il a progressivement remplacé le rouleau de papyrus, très prisé dans l’Antiquité.  Le codex est l’ancêtre de nos livres actuels.