Chronologie de la compilation du Coran 4/4

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IV. Apparition et développement des sciences du Coran, fixation des lectures :

 

  • Sept lectures ou dix lectures ?

     On appelle « lecture du Coran » (qirâ’a), l’une des différentes façons de réciter le Coran tel que l’enseignait l’un des imams de référence. C’est l’équivalent dans la jurisprudence de « l’école juridique » (madh’hab).

Lorsque les compagnons se sont dispersés dans les différentes contrées de l’Etat musulman, chacun d’entre eux enseignait le Coran aux populations locales, ce qui a été à l’origine de divergences dans les façons de réciter. Apparurent donc des « écoles de lecture » à la Mecque, à Médine, à Koufa, à Bassora et en Syrie.

Après la décision de rassembler tous les musulmans selon un seul harf, les grandes divergences dans la lecture du Coran s’estompèrent, mais il restait toujours la possibilité de lire suivant plusieurs nuances sans déroger aux règles fixées par « l’écriture othmaniène ».

C’est à partir du IIe siècle de l’hégire, que des savants s’intéressèrent à ces différentes lectures avec la volonté de les répertorier et d’en faire une science à part entière. Un certain nombre d’imams acquirent une grande réputation dans ce domaine et les gens n’hésitaient pas à voyager pour venir apprendre auprès d’eux une des lectures du Coran. Les premiers auteurs qui écrivirent dans ce domaine en choisir sept, voilà pourquoi on parle aujourd’hui des « sept lectures canoniques du Coran » (qirâ’ât sab°). Ce choix des sept lecteurs est à l’origine de la confusion avec les sept harf. Or, le choix du nombre sept a été en fait arbitraire, car beaucoup d’autres imams récitaient également avec des chaînes de transmission fiables. D’ailleurs, pour d’autres savants, le choix se porta sur trois autres imams qui n’avaient pas été inclus dans les sept. L’ensemble constitue ce que l’on appelle « les dix lectures canoniques du Coran » (qirâ’ât °achr). Puis, les savants désignèrent pour chacun des dix imams, deux transmetteurs (râwî) fiables parmi leurs élèves, récitant chacun suivant une version (riwâya). En voici le détail :

 

Imams des 10 lectures Décès Origine Transmetteurs
1. Nâfi° ibn Abderrahman 196 h Médine Qâloûn / Warch
2. Abdallah ibn Kathir 120 h La Mecque Al Bizzi / Qounboul
3. Abou °Amr ibn al°Alâ’ 154 h Bassora Ad Doûrî / As Soûsî
4. Abdallah ibn °Âmir 118 h Syrie Hichâm / Ibn Dhakwân
5. °Âssim ibn Abî Najôud 128 h Koufa Chou°ba/ Hafs
6. Hamza ibn Habîb 156 h Koufa Khalaf / Khallâd
7. Al Kissâï 189 h Koufa Abou al Hârith / Ad Doûrî
8. Abou Ja°far Yazid ibn Al Qa°qâ° 128 h Médine Ibn Wardân / Ibn Jammâz
9. Ya°qoûb Al Hadramî 205 h Bassora Rouwaych / Roûh
10. Khalaf ibn Hichâm 229 h Bagdad Ishâq / Idrîs

 

 

            Répartition actuelle des lectures dans le monde :

     Actuellement, la plus répandue est la version de Hafs selon la lecture de °Âssim.

La version de Warch selon la lecture Nâfi° est répandue au Maghreb et en Afrique de l’Ouest.

La version de Qâloûn selon la lecture Nâfi° est répandue en Lybie et en Tunisie.

La version de Doûrî selon la lecture de Abou °Amr est répandue au Tchad, au Soudan, en Somalie, Au Nigéria et en Afrique centrale.

Les autres lectures ne sont connues que des spécialistes.

 

  • Statut des autres lectures.

     Pour être considérée comme authentique, une lecture du Coran doit respecter les trois conditions suivantes :

  • Être dans l’un des dialectes arabes de l’époque.
  • Être en accord avec « l’écriture othmaniène » du Coran (sans voyelle et sans point).
  • Être transmise avec de multiple chaîne de transmissions authentiques (moutawâtir).

Si l’une de ses conditions n’est pas respectée, la lecture est dite « apocryphe » ou « non canonique » (châdha) et il est interdit de la réciter. Mais elle peut servir pour l’exégèse des versets, si sa chaîne de transmission est bonne, car elle aura le même statut qu’un hadith.

L’imam Al Nawawi dit : « Il est interdit de réciter – dans ou hors de la prière – une lecture apocryphe, car ce n’est pas du Coran. En effet, le Coran ne peut être fiable qu’avec de multiples chaînes de transmission authentiques, et ce n’est pas le cas pour la lecture apocryphe. Celui qui dit le contraire c’est trompé ou est un ignorant. »

Et Allah est plus savant.