La mosquée veut tordre le cou aux clichés

664
Des sourires, du thé à la menthe et des pâtisseries… Accueil convivial dimanche matin à la mosquée de Gennevilliers qui organisait pour la première fois une opération portes ouvertes avec rencontres et visites guidées. L’objectif affiché : tordre le cou aux clichés. «Après les attentats du 13 novembre, beaucoup de gens nous ont reproché de ne pas parler assez, de laisser les extrémistes parler à notre place», explique Mohammed Benali, le responsable d’Ennour, l’association gestionnaire de la mosquée. Aux visiteurs, il rappelle l’histoire du lieu de culte édifié en 2009, complété l’an dernier d’un centre culturel avec l’envie de l’ouvrir à toutes les communautés, aux athées, «aux humains tout simplement» : « Les événements ont précipité ce travail».Ce dimanche matin, plus d’une centaine d’habitants ont répondu à l’appel. Comme Frédérique, une retraitée : «Il y a trop de méfiance dans notre société, c’était déjà le cas bien avant les attentats, trop de gens font des amalgames… Connaître l’autre, ses croyances, c’est indispensable ! » explique cette athée revendiquée. «C’est la première fois que je rentre dans une mosquée. J’étais curieuse, je n’aurais jamais osé de moi-même… Quand on ne connaît pas on se met des barrières, c’est dommage !» sourit Natacha, une mère de famille du quartier venue avec sa fille Chloé : «A l’école il y a une majorité d’enfants musulmans, ça fait partie de notre vie». Dans la foule aussi, des élus locaux venus saluer «une belle initiative», l’ancien maire communiste Jacques Bourgoin et son successeur Patrice Leclerc, le député PS Alexis Bachelay.
Au programme de ces porte souvertes, rencontres et visites guidées. (LP/P.A.) Au fil de la visite, tous ont pu parcourir les vastes salles de prières décorées de mosaïques, admirer le dôme de verre et le petit minaret surmonté d’un croissant. Les questions fusent, sur les rites, le culte… On répond, même aux questions sensibles comme la place des femmes ou les prêches, en arabe «mais traduits en français», précise la guide Ibtissen… «Nous avions toujours eu envie de visiter une mosquée, l’islam, c’est une religion dont on entend beaucoup parler mais en réalité on la connaît si peu», sourient Joëlle et Bernard, un couple de catholiques bretons de passage à Gennevilliers, qui profite de l’occasion. Dans le centre culturel, ils découvrent les salles de classe où l’on dispense soutien scolaire et cours d’arabe. Sur les murs, des dessins d’enfants de la mosquée en bleu-blanc-rouge : «Après les attentats, on a travaillé sur la devise Liberté, Egalité, Fraternité», explique Zahya l’enseignante. Des cours d’éducation civique vont d’ailleurs être intégrés. Dans le patio, on détaille les activités de la mosquée. Un lieu solidaire, vante Abdelbaki Attaf, administrateur d’Ennour, qui rappelle que c’est ici que la quarantaine de réfugiés récemment accueillis à Gennevilliers vient suivre des cours de français. A l’issue de la matinée, Mohammed Benali est content : «Opération réussie ! sourit le responsable de la mosquée. Beaucoup n’étaient jamais entrés ici, certains pensaient même que c’était interdit aux non-musulmans. Ça nous pousse à réfléchir à de nouvelles initiatives.»

  leparisien.fr