A l’heure du Covid, les musulmans de Gennevilliers se préparent à un Aïd en effectif réduit

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Par Marjorie Lenhardt le parisien

Le 27 juillet 2020 à 18h44

À la mosquée de Gennevilliers ce lundi après-midi, les fidèles sortent du prêche de la prière, tapis personnel sous le bras, masque au visage et récupèrent leurs affaires rangées dans des sacs individuels jetables. Mesures sanitaires oblige. Depuis deux mois, la mosquée de Gennevilliers est rodée à l’exercice. Aussi pour la grande fête de l’Aïd qui se tiendra ce vendredi, le sanctuaire est d’ores et déjà prêt à devoir réduire drastiquement la voilure.

Habituellement, depuis 2017, l’association Ennour organise cette célébration religieuse au parc des Sports mis à disposition par la mairie pour contenir les 8 000 fidèles venus prier. Excepté l’année dernière, où l’événement avait été annulé à la dernière minute en raison de fortes intempéries. Mais pour cette année, pas de grands rassemblements, pas de stade.

Les organisateurs ont préféré continuer à gérer les flux au sein de la mosquée comme ils le font depuis le déconfinement. « Ça aurait été ingérable en extérieur, justifie Abdelbaki Attaf, l’un des administrateurs de l’association Ennour. C’est trop compliqué pour filtrer les entrées. »

« En temps normal, on est épaule contre épaule »

En intérieur, il y aura aussi plusieurs offices pour pouvoir rester en nombre raisonnable. « Pour la grande prière de l’Aïd, nous avons prévu comme pour la prière du vendredi entre deux et trois offices à 8 heures, 9 heures et 10 heures si besoin, parce qu’avec le Covid la préfecture nous a limités à 2000 personnes par office », explique Mohamed Ben Ali, le président d’Ennour.

Depuis la réouverture du lieu à la fin du confinement, des marquages au sol ont été installés pour respecter le mètre de distance entre chaque personne, du gel est à disposition, des masques et des tapis jetables le sont aussi pour ceux qui les auraient oubliés.

« En temps normal, on est épaule contre épaule et on peut accueillir presque jusqu’à 4 000 personnes. On a réduit nos places et fait un gros effort par rapport aux règles sanitaires car on ne voudrait pas qu’il nous arrive la même chose que ce qui s’est passé en Alsace et que l’on soit un nouveau foyer de l’épidémie », ajoute Abdelbaki Attaf.

« Il y a un balisage au sol, le gel et les masques, et puis c’est bien aéré… »

Malgré tous ces efforts, l’association constate une légère diminution de sa fréquentation, notamment sur les prières du vendredi. « Beaucoup de gens sont frileux pour leur santé et celle des seniors, donc on pense même que deux offices vont suffire vendredi pour l’Aïd », estime Abdelbaki Attaf.

Pour autant, tout le monde n’est pas découragé. Pour Icham et Cheik, deux jeunes employés de supermarché qui viennent régulièrement prier à la mosquée, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. « C’est plutôt bien fait, il y a un balisage au sol, le gel et les masques sont obligatoires, au niveau des placements aussi, c’est bien respecté et puis c’est bien aéré », constate Icham.

 

En revanche, c’est du côté de sa famille que la tradition cette année ne sera pas totalement respectée. « Ce sont mes parents qui organisent le repas d’habitude mais avec le Covid, ils ont décidé de ne pas partager de mouton, ils ont trop peur d’une contamination », poursuit-il.

L’aumône plutôt que le repas en famille

La famille de son ami Cheik en revanche ne va pas déroger à la tradition : « On a prévu d’être en famille comme d’habitude, mon frère est boucher et il a commandé le mouton en Normandie où c’est moins cher ».

L’association Ennour a également fait un travail de sensibilisation et conseillé d’éviter les grandes réunions familiales. « On a préconisé aux familles de faire plutôt une aumône et d’envoyer des dons à des associations caritatives ou sinon de commander le mouton par Internet », ajoute Abdelbaki Attaf, responsable par ailleurs des rites funéraires.

« J’ai vu de mes yeux les ravages du Covid, je suis allé chercher des corps à Rungis et à la morgue de Bichat qui était complètement dépassée, c’est ce que j’explique aux gens pour qu’ils comprennent. Le masque, il faut vivre avec, il ne faut surtout pas se relâcher », conclut-il.

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