L »amertume de la communauté musulmane

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L’ambiance était pesante, hier, jour de prière, à la mosquée de Gennevilliers. « C’est un vendredi pas comme les autres », résume Mohamed Benali, le responsable de la mosquée Ennour, rue Paul-Vaillant-Couturier. Tandis que les médias étaient venus en nombre, quelque 2 300 fidèles se sont pressés dans le lieu de culte. Ce même lieu que fréquentait épisodiquement Chérif Kouachi, l’un des auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo, et abattu hier en Seine-et-Marne.

« Il est impossible, aujourd’hui, de parler d’un autre sujet. Nous ne devons pas faire l’autruche », a clamé Mohamed Benali en introduction de son prêche. Ce discours d’avant la prière a été exclusivement consacré aux événements de ces derniers jours. L’homme a logiquement évoqué l’acte « barbare, horrible, monstrueux » perpétré à Charlie Hebdo et apporté son soutien aux familles des victimes. D’une voix forte et claire, Mohamed Benali a martelé les valeurs la République, la « solidarité et l’unité de la communauté nationale », et celles du Coran. « Je vous appelle à ne pas tomber dans le piège que certains nous tendent. Il faut être très vigilant, très patient, très endurant », a-t-il lancé avant de démontrer, Coran à l’appui, que les terroristes ont dévoyé ses textes.

« Il y a un malaise, confirme Ali, la trentaine. On est pris entre les terroristes qui se réclament de l’Islam et les extrémistes de droite ou assimilés qui pointent du doigt la communauté musulmane et veulent libérer la parole sur l’Islam. Nous, c’est-à-dire 99, 99 % des musulmans, nous sommes entre les deux. On est des Français pris en otage », poursuit le jeune homme. Hier, le service d’ordre de la mosquée de Gennevilliers avait été renforcé. « Des mosquées ont été attaquées, rappelle un fidèle. On doit faire très très attention. Il y a vraiment un sale climat pour les musulmans modérés. Si on ne fait rien on passe pour des complices, si on se bouge on donne l’impression de se justifier pour des actes commis par ces crapules. » « Bien sûr qu’on est écoeuré, commente Mahmoud. Écoeurés et inquiets, voilà. La tension est palpable. Les jours qui viennent risquent d’être difficiles »…

C’est la colère qui domine à l’évocation des frères Kouachi. Chérif est bien venu à la mosquée de Gennevilliers, mais il est passé quasiment inaperçu. « Je n’ai fait le lien avec lui que par la presse. Je l’avais peut-être croisé mais pas remarqué », lâche Abdel. « Ce sont surtout des paumés qui se sont fait manipuler. Des criminels ont rempli ces têtes vides qui ne connaissent rien à l’Islam. Le noeud du problème, c’est bien l’ignorance. Il nous faut aussi des représentants qui ont de l’influence sur les fidèles », analyse Nasser. Ce quinquagénaire a prévu d’aller à la manifestation parisienne, demain.

La veille, jeudi soir, de nombreux fidèles au premier rang desquels Mohamed Benali avaient déjà participé au rassemblement organisé par la mairie sur le parvis de l’hôtel de ville. Et le responsable de la mosquée d’enfoncer le clou : « Nous ne céderons jamais aux appels de haine que d’aucuns veulent véhiculer. »