Aïd Al-Adha : à Gennevilliers, chacun sa manière de destiner un mouton

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Le 9 août 2019 à 16h45, modifié le 9 août 2019 à 16h53

Quelques minutes avant le prêche de la prière de l’après-midi, ce vendredi, Abdelbaki Attaf, un des administrateurs de l’association Ennour, prend la parole dans la grande salle de la mosquée de Gennevilliers. « Vous pouvez commander votre mouton, ici, à la mosquée », dit-il solennellement.

Pour la première fois depuis quinze ans, les fidèles de Gennevilliers doivent se passer du marché au vif de la rue de l’Industrie, le seul du département. Il a fermé ses portes notamment pour des raisons financières. « Il lui aurait fallu au moins 300 bêtes commandées pour rentrer dans ses frais et il en était loin », assure un fidèle. L’an passé déjà, le responsable Abdellah Kessouh ne faisait pas mystère de ses difficultés . « C’est les vacances, donc beaucoup de gens rentrent au pays pour passer les fêtes », décryptait-il, alors que l’Aïd tombait déjà au mois d’août. Il n’avait alors vendu que la moitié de ses 400 moutons.

A la mosquée Ennour de Gennevilliers, la solution a été radicale. « Pour la deuxième année consécutive, on s’occupe de tout. On commande directement les moutons à un éleveur de Dreux (Eure) que l’on connaît », développe Abdelbaki Attaf. Les fidèles réservent leur bête sur Internet ou auprès du bureau d’Ennour.

« On a déjà vu des fidèles s’endetter pour un mouton… »

Les animaux vendus 240 ou 280 € sont abattus sur place et acheminés à Gennevilliers dimanche, le jour de l’Aïd, et distribués dans la foulée. « Les services vétérinaires s’assurent que les règles sanitaires sont respectées et nos deux contrôleurs que les règles spirituelles le sont aussi », résume l’administrateur d’Ennour. Au total, c’est une centaine de bêtes qui auront été achetées par ce biais.

l’homme-orchestre de la mosquée le rappelle : acheter un mouton est une obligation si on a les moyens, l’animal devant ensuite être partagé en trois avec un tiers pour la famille, un tiers pour les gens dans le besoin et un tiers pour soi et ses proches. « Sinon on peut aussi faire un don en son nom pour les nécessiteux. Beaucoup ont l’impression que faire un Aïd sans mouton n’est pas digne. On a déjà vu des fidèles s’endetter pour un mouton… », insiste-t-il.

Aïd Al-Adha : à Gennevilliers, chacun sa manière de destiner un mouton

Ali, 33 ans, s’en passera ce week-end. « J’ai fait un don pour participer à la cérémonie en mon nom au Maroc, avec la famille, précise-t-il. L’année dernière, j’étais avec eux, on a fait la cérémonie, j’ai sacrifié le mouton, l’ai divisé en trois. etc. Cette année je ne mangerai pas de mouton ! »

Répression des fraudes et services vétérinaires sur le pont

Quelques fidèles verraient d’un bon œil un abattoir temporaire comme c’est le cas à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou Montereau en Seine-et-Marne. « Après c’est toute une logistique pour quelques heures et puis il faut un terrain », émet Hakim en se hâtant vers la mosquée.

Et puis, il y a la quête perpétuelle du juste prix. « Au moment de l’Aïd les prix s’envolent, déplore Watt. Un mouton coûte moins de 100 € et on en trouve vendus à 400 ! Après les prix retombent. »

De quoi faire monter la nostalgie chez les plus anciens. « Mes meilleurs Aïd c’était quand j’étais gosse, à la cité de transit de Nanterre, se souvient Abdelbaki. On achetait un agneau trois-quatre jours avant, et le jour J on s’habillait bien, on allait à la prière avant le sacrifice… C’était un jour de fête mais mine de rien on avait eu le temps de s’y attacher ! »

Alors que toute une communauté se prépare, « les services de police et la DDPP (NDLR : la répression des fraudes et les services vétérinaires) sont mobilisés afin de s’assurer du bon déroulement de l’événement », indique la préfecture.

Mais l’Aïd ne se terminera pas dimanche soir pour tout le monde. « Nous allons distribuer les dons aux plus démunis, précise Rafik de l’association Entraide et bienfaisance. On a des listings et un camion frigorifique. Dès lundi on s’y met. »

Source: Le parisien